Euthanasie : François Hollande relance le débat

Sans prononcer une seule fois le mot, le Président de la République François Hollande a relancé le débat sur l’euthanasie. Après avoir pris l’engagement de développer les soins palliatifs, il a annoncé la création d’une mission sur la fin de vie confiée au Dr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique. Une annonce qui n’a pas manqué de faire réagir…

Le Président de la République François Hollande et la Ministre des Affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, arrivant à la maison médicale Notre Dame du lac (Rueil-Malmaison).

Le Président annonce une réforme pour développer les soins palliatifsLors de sa visite à la maison médicale Notre Dame du lac (Rueil-Malmaison), le Président de la République a insisté sur la nécessité de développer les soins palliatifs. Accompagné Marisol Touraine, la Ministre des affaires sociales et de la santé et Michèle Delaunay, ministre des personnes âgées et de l’autonomie, le Président a rendu hommage aux personnels chargés des soins palliatifs et s’est engagé à développer cette prise en charge (services hospitaliers dédiés, soins à domicile ou dans les structures accueillant les personnes âgées) : “Je souhaite donc, et j’en prends l’engagement, que nous développions la diversité de l’offre de soins palliatifs (…) Ce sera une réforme qui sera engagée dans les prochains mois“.Combler le retard en termes d’accès aux soins palliatifs passera également par une réflexion autour du coût de cette prise en charge. Le Président a donc demandé à la ministre des affaires sociales “que des réflexions puissent être conduites pour passer chaque fois que cela sera nécessaire, à un système global de tarification afin que ces prestations restent abordables pour toutes les familles.La formation des personnels dans une optique pluridisciplinaire, au-delà de la seule vision médicale, devrait également figurer au menu de cette réforme : “Nous devons franchir deux étapes, c’est-à-dire d’abord rendre systématique la formation des personnels de santé aux soins palliatifs. Et la deuxième étape (…), c’est de développer le caractère pluridisciplinaire de cette formation. Les soins palliatifs ne sont pas le monopole des médecins et si la science médicale y occupe une place essentielle, nous devons mettre côte à côte toutes les techniques, tous les apports d’autres sciences, de la psychologie, de la sociologie et même de la culture pour permettre d’éviter de réduire la fin de vie à une situation abordée sur le seul plan clinique“ a déclaré le Président. P ar ailleurs, le développement de la recherche dans le domaine des soins palliatifs devrait être favorisé avec des financements dédiés à ce domaine.Le Président relance le débat sur l’euthanasie

Sans formuler le mot “euthanasie“, François Hollande a relancé le débat. Rappelant certaines situations dramatiques dans lesquelles “le souffle de la vie ne semble plus exprimer que le souhait de mourir“, le Président a rappelé les progrès liés à la loi Leonetti qui permet de mettre fin à l’acharnement thérapeutique en autorisant toute personne malade à refuser un traitement dont elle estime qu’il est devenu déraisonnable et en donnant au médecin le droit d’interrompre ou de ne pas entreprendre les traitements qu’il estime inutiles. Il s’est engagé à faire en sorte que ces droits prévus dans nos lois soient mieux connus et appliqués.Mais le Président a été plus loin : “Faut-il, peut-on aller plus loin dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager des patients aux prises avec une douleur irréversible ?“. Souhaitant un débat noble et digne, le Président a confié au Professeur Didier SICARD, Président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique un “travail de réflexion, d’information, de concertation“. “A partir des propositions qu’il me présentera, le Comité consultatif national d’éthique sera saisi et pourra délibérer dans le cadre de ses attributions et de ses missions“ a précisé le Président.L’euthanasie divise : partisans et détracteurs réagissentDe très nombreuses réactions ont suivi le discours du Président. Le groupe national de concertation sur la fin de vie s’est félicité du fait que le Président s’empare de la question et entend contribuer au “débat démocratique“ qui devrait s’engager.

L’ancien ministre Jean Leonetti propose de son côté un “large débat public“ sur le modèle des débats engagés autour des lois de bioéthique : “débats en régions, comité d’éthique régionaux, constitution de panels et de jurés citoyens, ouverture d’un site internet et interactivité“.Jean-Marie Le Guen, député PS (qui s’était exprimé sur le sujet en

mars dernier sur Doctissimo), estime que : “On ne peut pas rester sur le statu quo actuel de la loi Leonetti qui ne donne aucune garantie à personne, ni aux patients, ni à leurs familles ni aux médecins. Cette loi ne règle en effet pas un certain nombre de cas relativement exceptionnels où il y a des demandes reconnues comme évidentes par l’opinion publique et où la loi est inapplicable, comme dans le cas de Vincent Humbert“.De son côté, l’opposition pose des limites, Bernard Debré, député UMP, déclare ainsi : “Il n’est pas anormal d’ouvrir le débat mais on l’ouvre chaque année… Je suis opposé à une loi sur l’euthanasie, je pense que les unités de fin de vie sont une des réponses les plus importantes qu’on puisse avoir. Mais que le débat s’ouvre, oui, d’accord…“ et Philippe Juvin, député européen et secrétaire national de l’UMP, juge que : “L’euthanasie n’est pas la solution pour apporter une fin de vie dans la dignité. En Belgique et en Hollande, où l’euthanasie a été légalisée sous les mêmes conditions voulues par François Hollande, des études suggèrent qu’une très grande partie des euthanasies réalisées le sont en fait sans l’accord explicite du patient. La solution passe par le développement des unités de soins palliatifs“. Président de la conférence des évêques de France, Mgr André Vingt-Trois reçu hier après-midi par François Hollande a estimé que la question posée sur la fin de vie était une “bonne question, ajoutant cependant : “Mais ce n’est pas parce qu’on pose une question qu’on doit y répondre positivement…“.L’Association pour le droit de mourir dans la dignité s’est montrée plus critique. Son président Jean-Luc Romero a dénoncé le choix de Didier Sicard qu’il qualifie de “mauvais signal“, car il a, selon lui, le double défaut d’être médecin et religieux. “La fin de vie est une question intime et pas une question médicale (…) Cette mission ne sera sans doute qu’une énième mission relative à la fin de vie qui esquivera le véritable enjeu : celui du respect absolu des volontés individuelles“. Sur Europe 1, Jean-Luc Romero a appelé à un référendum permettant aux Français de trancher. Interrogé par le Monde, Didier Sicard a déclaré vouloir donner la parole aux citoyens : “Je suis médecin, mais je plaide pour que le débat soit plus sociétal que médical. Il faut aller à la rencontre de ceux qui ne parlent jamais, et non reconstituer un puzzle avec ceux que l’on connaît déjà. Je vais chercher à tout prix à me tourner vers les citoyens“.David BêmeSources :

  • Intervention de M. le Président de la République – Maison médicale Notre Dame du Lac – 17 juillet (

    accessible en ligne)

  • “La question de la fin de vie n’appartient pas aux médecins“ – Le monde 18 juillet 2012 (

    accessible en ligne)

  • Euthanasie “un mauvais signal“ – Europe 1 du 18 juillet 2012 (

    accessible en ligne)

  • Communiqué du groupe national de concertation sur la fin de vie du 17 juillet 2012 – le GNCFV rassemble Albatros, ASP Fondatrice, Collectif Plus digne la vie, Fédération JALMALV, Fédération UNASP, Fédération Vivre son deuil, Fonds pour les soins palliatifs, Les Petits frères des pauvres, Poissons Roses, Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), SOS Fin de vie, Vivre son deuil IDF. (

    accessible en ligne)

  • Plus de moyens pour les soins palliatifs – Communiqué de Philippe Juvin – 17 juillet 2012 (

    accessible en ligne)

  • Communiqué et

    fil Twitter de Jean Leonetti – juillet 2012

Photos de François Hollande: MOUSSE-POOL/SIPAPhoto de Jean Leonetti : REVELLI-BEAUMONT/SIPA

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