Les radios responsables de milliers de cancers ?

Scanner, radiographies, mammographies… Les Français passeraient chaque année 70 à 90 millions de radios. Si les progrès de l’imagerie médicale ont permis de faire avancer la médecine, des examens trop fréquents pourraient ne pas être totalement inoffensifs… Une étude britannique parle de milliers de cancers dans le monde.

Si un seul examen ne comporte pas de risque, leur accumulation neserait pas sans danger. Le point avec le Pr. Lacronique del’Institut de radioprotection et de sûreténucléaire.L’imagerie médicale à toutes les sauces ?Durant ces vingt dernières années, l’imageriemédicale est l’un des domaines médicaux qui a le plusprogressé. Ces découvertes permettent un meilleurdiagnostic : plus précis, plus adapté, etc.L’identification de la lésion facilite déjà ladécision thérapeutique. Ainsi, les médecinsont tendance à y recourir de manière plussystématique. De l’autre côté, les patientssont également plus demandeurs de ces examens,tranquillisés par l’aspect high-tech de ces machinessophistiquées. “Il s’agit d’un jeu d’entente parfois taciteentre patients et médecins, qui sont tous deuxrassurés par les résultats de ces examens“ nousprécise le Pr. Jean-François Lacronique,président de l’Institut de radioprotection et desûreté nucléaire (IRSN). De fait, ces examenssont devenus en quelques années la principale sourced’irradiation1. Les sources médicales représentaientun cinquième de la radiation naturelle en 19872, lamoitié en 19933 et près de 100 % en 19974 dans laplupart des pays riches.Témoin de cet engouement, le nombre d’actes de radiologieaugmente ainsi chaque année en France de 8 %5. “On estimeque 70 à 90 millions d’examens sont réaliséschaque année mais cette évaluation est devenueaujourd’hui plus difficile du fait de lagénéralisation de plaques numériquesréutilisables à la différence des films plusfacilement comptabilisés et d’une évolution despratiques budgétaires hospitalières“ nous confirme lePr. Jean-François Lacronique. Mais si les avantages entermes de santé individuelle sont largement reconnus,patients et médecins ne sont pas toujours conscients deseffets d’irradiations liés à ces examens. Et unerécente étude britannique pourrait leur donnerquelques frissons !A l’origine de milliers de cancersSi un seul examen ne génère pas un risquequantifiable de développer une tumeur, leur succession surtoute une vie ne serait pas insignifiante. Les rayons peuventpénétrer dans les cellules et dans de rares cas,endommager l’ADN et provoquer un développementcancéreux. Fin janvier 2004, une étude anglaise6chiffrait le risque de cancer induit par les rayons Xutilisés en imagerie médicale. Selon les auteurs, lesradios et autres scanners seraient responsables en Angleterre de0,6 % des cancers chez les personnes de 75 ans. Un risque faiblemais qui ramené à la population anglaiseéquivaut à 700 cas ! Pour les Etats-Unis, ces examensreprésenteraient 0,9 % des cancers soit 5 695 cas. Demême 2 049 cas (1,5 %) pourraient leur êtreattribués en Allemagne et 7 587 (3,2 %) au Japon !Mais la méthodologie de cette étude reste cependantdiscutable… Les auteurs se sont basés sur le seul exempleau monde d’une irradiation de masse : la population survivanted’Hiroshima et Nagasaki. Partant de ces données, les auteursont extrapolé les risques liés à detrès faibles doses. Les doses, les rayonnements et le tempsd’exposition diffèrent… C’est dire s’il s’agit d’uneopération difficile et controversée. “Nos calculsreposent sur un certain nombre d’hypothèses et sontinévitablement sujets à des incertitudes, lapossibilité que nous ayons surestimée les risques nepeut pas être exclue mais il semble très improbableque nous les ayons sous-estimés.“ reconnaissent mêmeles auteurs.Faire la guerre aux examens inutilesMalgré ces approximations, ces résultats offrent auxpraticiens des chiffres leur permettant de mieux appréhenderl’impact de ces examens. Des éléments à mettredans la balance lors du recours à ces techniques. De plus,les femmes ont un risque plus élevé face auxradiations, tout comme les enfants vis-à-vis des adultes. Unenfant d’un an a ainsi 10 à 15 fois plus de risque dedévelopper un cancer qu’un homme de 50 ans pour unemême dose de radiation7.Ainsi, le risque lié à la radiographie deviendraitpalpable dès 40 ans, via l’accumulation de ce type d’examen.Mais comment évaluer cette succession ? Rapporter chaqueexamen radiologique (ou mieux chaque dose d’irradiationreçue) sur le carnet de santé paraît unehypothèse séduisante mais en pratique biendifficile… “Cette solution un temps évoquée lors dela constitution du Carnet de santé ou de la carte vitale afinalement été abandonnée, du fait de ladifficulté à quantifier la dose reçue par lepatient en fonction de la localisation des examens, de lamorphologie du patient, du type d’examen, etc.“ témoigne lePr. Lacronique.Seule solution : faire la guerre aux examens inutiles. Selon le Pr.Eugenio Picano8 de la clinique de Pise, jusqu’à un tiers desexamens radiologiques sont totalement ou partiellementinjustifiés ! “On a l’habitude de dire que dans lessociétés modernes, la même qualitémédicale pourrait être offerte avec 15 à 20 %des examens radiologiques en moins“ précise le Pr.Lacronique.De plus, le scientifique italien précise que si les risqued’une radiographie du thorax reste négligeable, la dosereçue pour une scintigraphie osseuse est 200 fois plusélevée. Il note également les cas d’examens auscanner pratiqués sur des enfants sans ajuster la doseà leur poids… Pour contre-carrer ce type de mauvaisespratiques, le Pr. Picano va jusqu’à évoquerl’idée d’un permis à points pour les radiologues,pouvant les amener à suivre une nouvelle formation.Sans aller jusque-là, la réflexion peut dèsmaintenant se faire au cas par cas en :
Limitant le nombre d’examens subis en moyenne par un individu aucours de sa vie ;
Valorisant les nouvelles techniques permettant d’exposer de moinsen moins le patient aux rayons ;
Vérifiant la conformité des 50 000 appareils deradiologie aux normes européennes – rôle de laDirection générale de sûreténucléaire radiologique ;
Informant les patients de la dose reçue et des risquespotentiels – travail actuellement mené entre l’IRSN etdifférents syndicats et associations de radiologues ;
Invitant les publications scientifiques à spécifierles doses d’irradiation des nouveaux procédésd’imagerie médicale.
Une directive européenne avait dès 1999précisé quelques règles : la justification detout examen radiologique, l’application de doses les plus faiblespossibles et le non-recours à des radios “parfacilité“.Attention à ne pas dramatiser la situation cependant, lestechniques d’imagerie médicale sont à l’origined’énormes progrès en permettant des diagnosticsprécoces et donc la mise en œuvre précoce destraitements. Peter Herzog et Christina Rieger del’université Louis-Maximilien de Munich font observer queles guérisons permises sont sans nul doute plus nombreusesque les cancers induits par ces examens9. “N’oublions pas que latrès large majorité des examens – 80 à 85 % -est totalement justifiée et permet une réelleamélioration de la prise en charge médicale“ conclutle Pr. Lacronique.David Bême
1 – Colloque Exposition des patients et des professionnels desanté aux rayonnements ionisants organisé par l’IRSN- Medec 2003, 12 mars 2003
2 – National Council on Radiation Protection and Measurements.Ionising radiation exposure of the population of the United States.Bethesda, MA: NCRP, 1987. (Report No 93).
3 – United Nations Scientific Committee on the Effects of AtomicRadiation. Sources and effects of ionising radiation. New York: UN,1996.
4 – Z Med Phys 2003;13:127-35.
5 – Rapport relatif à la radioprotection des patients rendupublic par le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité et leSecrétaire d’Etat à la Santé et àl’Action Sociale – (juin 1999
6 – Lancet 2004 ;363 :345-51
7 – Nuclear medicine in clinical – diagnosis and treatment. Oxford:Churchill Livingstone, 1998:1655.
8 – BMJ 2004 ;328 :578-580
9 – BMJ 2004 ;328 :578-580

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