Ressortie Ludwig – Le Crépuscule des dieux : comment Romy Schneider a pris sa revanche sur Sissi ?

A l’occasion de la ressortie en salles de “Ludwig – Le Crépuscule des dieux” de Luchino Visconti, retour sur le rôle de Sissi qu’interprète pour la 4e fois Romy Schneider.

Ludwig – Le Crépuscule des dieux de Luchino Visconti avec Helmut Berger, Romy Schneider et Silvana Mangano.

De quoi ça parle ?

En 1972 débarque sur les écrans Ludwig – Le crépuscule des dieux, une fresque franco-germano-italienne de presque 4h signée Luchino Visconti. Le cinéaste italien y retrace le règne de Louis II de Bavière, qui, après son couronnement en 1864, délaisse les rênes du pouvoir aux mains de ses ministres pour se consacrer à combler de faveurs Wagner et à vivre une complicité presque amoureuse avec sa cousine Sissi. 

Romy et Sissi : les retrouvailles

Devant la caméra, Visconti dirige son acteur fétiche et amant, Helmut Berger, après Les Sorcières, Les Damnés et avant Violence et Passion. Le comédien donne la réplique à une compatriote, Romy Schneider, qui reprend pour la 4e fois le rôle de Sissi, 15 ans après le dernier volet de la trilogie d’Ernst Marischka. La présence de l’Autrichienne est surprenante quand on sait à quel point l’expérience fut douloureuse pour elle.

Âgée de 17 ans au moment de la sortie de Sissi, Romy Schneider devient une star grâce à cette superproduction qui ravive le mythe de l’impératrice et oublie sa folie, ses excès et son assassinat pour ne laisser d’elle que l’image édulcorée d’une jeune femme qui tombe amoureuse d’un beau prince. A peine Sissi terminé, Schneider souhaitait déjà tourner la page avec ce rôle qu’elle considérait bien trop mièvre et mensonger. Du jour au lendemain, elle devient le centre de toutes les attentions et les médias ont du mal à la distinguer de son personnage. Elle se sent prisonnière de son image romantique et n’aspire qu’à montrer son fort tempérament. Mais c’est peine perdue : sous l’influence de sa mère qui voit en elle la poule aux oeufs d’or, Romy Schneider accepte de tourner Sissi impératrice en 1956 et Sissi face à son destin en 1957. Après le tournage de Mademoiselle Scampolo, on lui propose Sissi IV et un salaire d’un million de marks qu’elle refuse catégoriquement.

C’est finalement par amitié pour Luchino Visconti que Romy Schneider accepte de reprendre le rôle iconique de Sissi. Le cinéaste italien l’avait dirigée en 1961 dans la pièce de théâtre Dommage qu’elle soit une putain face à Alain Delon puis l’année suivante dans le film à sketches Boccace 70. Une expérience qui lui avait permis d’écorner un peu plus son image de gentille Sissi : elle y était nue pour la première fois à l’écran, passant de femme-enfant à femme fatale. 

Quand Visconti lui propose d’incarner à nouveau Sissi, Romy Schneider croit d’abord à une blague. Mais elle fonce sans hésiter, parce qu’elle a confiance en Visconti et parce que c’est l’occasion de régler ses comptes avec ce rôle : c’est une Elisabeth sombre et tourmentée que l’on voit à l’écran. Schneider part à la reconquête de sa légitimité d’actrice et d’une vérité historique falsifiée par Marischka 15 ans plus tôt. Le tournage ne se fait pas sans heurt (sa santé est mise à rude épreuve et Visconti est exigeant et passionné) et le film est un échec commercial à sa sortie mais Ludwig – Le crépuscule des dieux permet à Romy Schneider de tourner la page avec Sissi et de se réconcilier avec son passé. Son interprétation lui vaut le plus beau des compliments de la part du réalisateur du Guépard : “Tu auras été une Elisabeth telle que je me l’étais imaginée.”

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