Richard Anthony, le roi des yéyé s’en est allé

La superstar des années 60 est décédé le 20 avril des suites d’un cancer généralisé à l’âge de 77 ans. Émotion.

Sans lui, les yéyé n’auraient certainement jamais existé. Il est le premier à avoir eu l’intuition, à la fin des années cinquante, qu’il pouvait adapter à la perfection les tubes américains. Il a alors moins de vingt ans, est représentant en réfrigérateurs la journée, saxophoniste dans les cabarets le soir.Le jeune Ricardo Btesh, né au Caire, fils d’un industriel syrien exilé, hésite encore sur son avenir. A cette époque, la décolonisation bat son plein, le monde « yankee » fait irruption, délivré des poids de l’après-guerre, et, en 1959, en France, une émission radiophonique insolite naît sur les ondes d’Europe n°1 : « Salut les copains », imaginée par Daniel Filipacchi, avec son générique emblématique, Last Night des Mar-Keys, le groupe du label Stax Records.

L’Egyptien de naissance qui parle six langues (il a été élevé en Angleterre jusqu’à l’âge de treize ans), est doté d’une voix de miel, souple et caressante à la manière orientale, qu’il a pourtant exercé dans une chorale britannique. Fondu de rythmes anglo-saxons, astucieux et débrouillard, il propose à des maisons de disques une version française de Peggy Sue, sans oser avouer qu’il chante lui-même. Il est renvoyé dans ses pénates. Le jeune homme est timide mais opiniâtre, et surtout il a trouvé un filon, toujours convaincu que son idée d’adaptation de titres anglais ou américains lui permettra de vendre plus de disques que de réfrigérateurs. Le succès arrive avec Nouvelle vague, reprise de Three cool cats des Coasters, son premier tube avec plus de 500 000 45 tours vendus. Il enchaine alors les succès comme les perles : Et j’entends siffler le train, Itsy Bitsy Petit Bikini, et tant d’autres chansons entrées à jamais dans le panthéon de la pop française. Il devient ainsi le plus gros vendeur français avec Johnny Hallyday, auquel l’oppose une querelle factice inventée par les producteurs pour les besoins de la promotion. En réalité, ils sont amis. Richard Anthony, comme il se fait appeler désormais, est sur les ondes et sur toutes les photos de Salut les copains, le magazine fondé en 1962.

Il est évidemment place de la Nation, le 22 juin 1963, pour la soirée « Entre copains », organisée par Europe 1 à l’occasion du premier anniversaire de la revue. Ils seront 150 000 à se rassembler, et ce fût un séisme politique. Le sociologue Edgar Morin écrit alors un long article dans Le Monde, où il fonde la génération des « décagénaires », celle de ces adolescents qui n’ont pas 20 ans, ont déjà leurs idoles absolues (Johnny, Sylvie, Françoise, Pétula, Eddy, Elvis…), et invente le terme de « yé-yé », inspiré de l’onomatopée « Oh yeah ! », scandée dans toutes les chansons de l’époque.

Richard Anthony accompagne dès lors ce temps des idoles et profite de la vie. Au rythme de 300 galas par an, il décide de passer son brevet de pilote et achète un avion privé (qu’il pilote lui-même !) pour ses tournées, embarquant musiciens et matériel. Il rejoint, dès qu’il le peut, sa famille dans ses villas de Saint-Topez ou de Marbella, à l’hôtel qu’il s’est fait construire à la Jamaïque, dans sa maison de la vallée de Chevreuse ou son chalet à Crans.

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Marié une première fois à Michelle (la légende lui attribut la paternité du tube des Beatles avec lesquels ils s’est lié d’amitié alors qu’il enregistrait dans le mythique studio Abbey Road), rencontrée sur les bancs du lycée, avec qui il aura trois enfants (Nathalie, Jérôme et Johanne), le chanteur n’est pas l’homme d’une seule femme. Dans les années 70, fatigué par plus de 10 ans de tournées et le disco arrivant, le succès s’épuise. Il s’éloigne de son public et divorce d’avec Michelle. Il s’installe à Saint-Paul-de-Vence avec Josiane pendant quatre ans, et aura un fils, Julien. Même s’il est voisin de Simone Signoret et Yves Montand, le chanteur rêve de taquiner à nouveau les sunlights. La chanson Amoureux de ma femme le lui permettra en 1974, et avec l’album Non stop, qui comprend le titre J’irai, il se retrouve classé numéro 2 des ventes en 1978.

À nouveau succès, nouvelle vie. Il part s’installer à Los Angeles avec sa nouvelle femme, Sabine, dont il aura trois garçons, Xavier, Alexandre et Cédric, avec une autre idée (fixe) en tête : adapter, cette fois, des chansons françaises pour le public américain, mais en tant que producteur. Revenu en France en 1982 pour quelques mois, cet épicurien insouciant est rattrapé par le fisc et passe trois jours en prison avec des amendes astronomiques à régler. Le temps file et la vague yé-yé est bien loin. Richard Anthony prend trente kilos, change encore une fois de femme et vit de ses rentes. Nous sommes à la fin des années 80, il est alors installé sur la Côte d’Azur où il a un grave accident de bateau. Elisabeth, son infirmière, devient sa dernière compagne. Les années 90 et leur business de la nostalgie le feront sortir de sa retraite dorée. Ses compils se vendent par millions, et il est un pilier des tournées « Âge tendre et tête de bois. »

Richard Anthony aujourd’hui, c’est plus de 600 chansons, 50 millions de disques vendus, 21 tubes classés numéro 1 et 9 enfants reconnus des 11 qu’il a eus. Celui que l’on appelait « le père tranquille du rock » s’est éteint le 20 avril, à l’âge de 77 ans à Pégomas dans les Alpes Maritimes.Salut, le copain.

Crédits photos : Laffay/IP/Starface

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